La défense est morte, vive la défense

Conf est.Conf ouest.Non classé.Polémiques.Vie de la ligue 19 mars 2010 | 6 Commentaires

Ça n’étais pas arrivé depuis 1995. Cette saison, les équipes NBA marquent en moyenne plus de 100 points par match. 100,2 exactement. Cette confirmation du retour en force du basket offensif est tout sauf une surprise. Et pas forcément une bonne nouvelle.

En 2004, les Pistons remportent le titre au terme d’une saison ou les équipes ne marquent que 93,4 points par matchs en moyenne. Depuis, le nombre de points marqués n’a fait qu’augmenter. D’abord parce que les règles ont changé. Au début de la saison 2005-2006, la NBA adopte des règles qui favorisent les attaquants. En résumé, plus personne n’a le droit de les toucher. Dwyane Wade exploite le système a fond lors des finales 2006. Il attaque le cercle et empile les points. Lorsqu’il ne va pas jusqu’au cercle, une faute est sifflé quasiment systématiquement. Il tire 28 lancers francs lors du match cinq. 21 lors du match décisif.

Ces nouvelles règles ont finit d’établir les swingmen comme les stars du jeu. En 1995, la dernière fois que les équipes marquaient en moyenne plus de 100 points par match, trois pivots occupaient les trois premières places du classement des scoreurs. Des spécialistes de l’intérieur, joueurs à gros pourcentage d’adresse qui ont quitté la ligue sans trouver de successeurs.

En leur absence les ailiers ont pris le relai en tant que leaders offensifs. La rigueur des défenses, leur adresse inférieure et la disparition des scoreurs intérieurs a forcément joué dans la baisse du nombre de points marqués. Puis, en 2005, en rendant la vie plus simple aux ailiers, la NBA a pu débloquer les compteurs et permettre de revenir doucement au niveau de scoring général de l’époque ou les grands faisaient la loi. Le pivot offensif a par contre quasiment disparu du paysage. Aujourd’hui, aucun pivot ne marque plus de 20 points par match.

L’autre facteur d’augmentation du nombre de points c’est la hausse du tempo des matchs. Initié par les Suns de Steve Nash, le run and gun a fait des émules ces dernières saisons. Avec le coup de main de Mike D’Antoni ou Don Nelson, la défense n’est redevenu qu’une notion abstraite pour certains joueurs.

Un des facteurs de cette hausse des scores dont on peut clairement se réjouir c’est peut être aussi la fin de la période de Draft de joueurs sortis de High School. Pendant les années 90 et au début des années 2000 on a drafté des phénomènes physiques plus que des basketteurs. Rarement adroits, sauf cas exceptionnels, ils n’amenaient dans un premier temps pas souvent plus que des muscles. Aujourd’hui, avec les règles d’âge minimum, les joueurs arrivent dans la ligue avec un minimum de bagage et se montrent dans l’ensemble plus efficaces plus rapidement.

La NBA a eu ce qu’elle voulait. Des gros scores, des ailiers stars qui marquent des camions de points et du spectacle. Après la période défensive de la fin des années 80 et des années 90, le basket US est de retour au style up-tempo.

Mais ca n’est forcément ce qu’il y a de mieux pour l’intensité, l’intérêt et la diversité du basket NBA en général.

Dans une interview accordée à Hoopshype en 2006, Joe Dumars expliquait que la NBA était à son meilleur à la fin des années 80 et au début des années 90 lorsque toutes les équipes pouvaient jouer le style de jeu de leur choix. A cette époque, la ligue se trouvait à la croisé des chemins. Le style de jeu rapide voyait arriver des équipes plus physiques. « Il y avait différents styles, explique Dumars. Les Lakers avaient leur style Showtime, ils courraient. Nous avions notre jeu physique chez les Pistons. Les Celtics avaient leur style, les Bulls avaient le leur. Il n’y avait personne qui poussait tout le monde vers le même style de jeu. C’est ce qui rendait les choses divertissantes. Lorsqu’on jouait les Lakers, c’était une bataille de styles, leur jeu de course contre notre jeu physique. »

Au début des années 90, les combats physiques font parti du jeu et aident même à forger quelques légendes. « Je pense que la « Jordan Rules defense » (ndlr : une défense très physique de tous les instants utilisée par les Pistons sur MJ) a, autant que d’autres choses, joué un rôle dans l’évolution de Michael Jordan, explique Tex Winter qui était alors assistant coach chez les Bulls. Ces « Jordan Rules » c’était meurtrier. Le fait que nous ayons pu gagner la saison suivante même s’ils jouaient cette défense dit tout sur Jordan en tant que compétiteur. »

Oui, la défense peut être excitante. Oui, un match ou chaque point doit se mériter peut même être encore plus intense et prenant qu’une avalanche de points et de tirs derrière la ligne. Parce que la défense de qualité oblige les attaquants à se sublimer. Quand les défenseurs sont meilleurs, les attaquants doivent l’être aussi. Et dans les grands matchs c’est tout le niveau de jeu qui grimpe. C’est pour ça que la baisse du niveau défensif n’est pas forcément une bonne nouvelle.

Ce qui reste rassurant pour les amateurs de défense, c’est que ce secteur du jeu reste quand même la clé qui ouvre les portes du titre. S’il est devenu plus dur de défendre efficacement, ceux qui arriveront à le faire seront encore mieux récompensés. Alors vive la défense !

6 Commentaires sur “La défense est morte, vive la défense”

  1. Gogolem dit :

    Analyse brillante, informée, et tellement pertinente actuellement. La qualité de la rédaction de gâche rien, et la nostalgie procurée par le visionnage de la vidéo non plus ! Les « D-fence, D-fence » scandés par le public sonnent malheureusement de plus en plus creux…

  2. Zeze dit :

    Combien de joueurs à l’heure actuel supporterait la défense des Pistons sans se prendre une technique… Les arbitres avaient aussi beaucoup moins tendance à siffler des fautes flagrantes, alors que certaines étaient carrément antisportives… Avec ce genre de vidéo on a par contre l’impression que tous les Bulls regardaient Jordan jouer…

    Belle analyse, le jeu des Pistons du dernier titre était quand même sympa à voir (les « Detroooooooooooit Basketballllllllllllll » aidaient un peu :p) alors qu’il était assez défensif, donc ce n’est pas pour moi une condition obligatoire pour qu’il y ait du spectacle !

  3. smoove dit :

    Tout simplement n’importe quoi.
    la défense n’a jamais été aussi bonne que ces 5 dernières années…

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