Il ne faut pas tuer l’émotion

Buzz.Humeur.Vie de la ligue 24 septembre 2010 | 1 Commentaire

Le monde n’a peut-être jamais été aussi lisse. Tout est aseptisé. S’il n’y a probablement jamais eu autant de rebelles revendiqués, les vrais génies se font de plus en plus rare. Autrefois vivier de la libre pensée, le monde de la musique ressemble souvent à une usine bloquée en mode « duplication. » Les comiques font rire mais, sauf rares exceptions, ils ne dénoncent plus. Ils ne dérangent plus vraiment non plus. Quand c’est le cas, ils prennent la porte. Dans ce monde, seul le sport fait office d’îlot de fraicheur. Cette phrase risque de se conjuguer au passé dans peu de temps.

Le sport, pour les simples mortels, c’est l’occasion de voir des performances et des caractères qui sortent du commun. C’est ca qui fait le sel de la compétition de haut niveau pour le spectateur. Jeudi, la NBA a issue de nouvelles règles d’arbitrages pour la saison à venir qui risquent de réduire l’assaisonnement de son plat.

Voici (via Basket USA), ce que les joueurs n’auront plus le droit de faire sous peine de faute technique :

- exprimer leur agressivité sur un terrain. Si un dunkeur colle un gros “face”, il ne devra donc plus chambrer ou montrer sa rage au public.

- soupirer lors d’un coup de sifflet. Lever les bras au ciel ou montrer qu’on a la trace des doigts de l’adversaire sur les avant-bras sont interdits.

- courir vers l’arbitre pour hurler son désaccord avec un coup de sifflet.

- demander des explications aux arbitres. Ce sera toléré au minimum.

On croit rêver. En clair, on demande aux joueurs d’offrir des performances exceptionnelles… mais sans manifester d’émotions. Si l’objectif est de retirer ce qui restait de saveur au jeu, il sera atteint si ce règlement est appliqué à la lettre. S’il est de rendre encore plus lisse le spectacle, David Stern y arrivera aussi. Le boss de la ligue veut lisser l’image de son entreprise et attirer toujours plus de familles. C’est bien… Pour le moment. Car le risque est de perdre les vrais fans de basket, les puristes qui regrettaient déjà les batailles physiques des années Jordan.

Le basket et le sport en général ont besoin de l’émotion. Ce sont les gentils très gentils et surtout les méchants très méchants qui suscitent l’intérêt. Les images qu’on retient sont celles de l’émotion. Jordan qui fait des bonds après un shoot décisif, Big Baby Davis qui bave pendant les dernières finales, Rasheed Wallace qui se plaint quelques instants avant de planter un 3pts, Gasol qui crie toute barbe dehors après un panier important, Kevin Garnett qui crie… tout le temps… Ce sont les émotions qui créent l’image populaire d’un sport.

A de rares exceptions près, il n’y a pas de mauvaise publicité, il n’y a que de la publicité. David Stern devrait donc arrêter de faire une fixation sur l’image de sa ligue. Les forts caractères, quand ils sont exprimés dans le cadre des règles du jeu, sont une bénédiction pour un sport. Maradona dans le foot, McEnroe ou Agassi sur les courts de tennis, Rodman, Barkley et d’autres dans le basket ont fait la gloire de leur discipline. Ces caractériels offrent une exposition médiatique supplémentaire à leur sport. On parle d’eux, on les aime, on les déteste et ils provoquent des réactions qui amènent à s’intéresser à ce qu’il font. Ils offrent des intrigues supplémentaires aux fans.

Dans un monde lisse, le sport fait du bien quand il apporte de l’exubérance. Quel intérêt pour lui de devenir aussi plat que le reste ? Aucun.

Un commentaire sur “Il ne faut pas tuer l’émotion”

  1. Match dit :

    c’est bien dommage de vouloir tout polissé…c’est comme en cuisine ca manque de gout a force

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