Dennis Rodman est tout le contraire d’un fou

Conf est.Livres.Non classé.Old School 4 avril 2011 | 2 Commentaires

Justice a été rendue. Vendredi dernier, Dennis Rodman a été honoré par les Detroit Pistons. Surtout, au passage, il en a profité pour annoncer qu’il va – comme il le mérite – être admis au Hall of Fame. Des évènements qui sont l’occasion de vous conseiller la lecture de Bad as I wanna be, son deuxième bouquin. Sa lecture permet de faire tomber pas mal d’a prioris sur le personnage.

Si Dennis Rodman est souvent considéré comme un fou (génial), le lire permet de découvrir qu’il est tout sauf dingue. Bad as I wanna be est d’abord un témoignage authentique et sans langue de bois. Avec une honnêteté et une lucidité parfois touchantes, Rodman n’élude quasiment aucun des sujets de la vie en NBA. Le parcours atypique qui l’a mené d’homme d’entretien dans un aéroport à 20 ans jusqu’à la NBA et le titre de meilleur défenseur 9 ans plus tard lui donne une vision totalement différente de celle des stars NBA adulées depuis le lycée. Ce regard permet de créer une vraie empathie chez le lecteur. Même si le Worm est parfois répétitif et qu’il semble par moment se gargariser de sa grandeur, le ton honnête donne cette impression de se faire guider dans le monde du basket US par un bon pote qui termine toutes ses phrases par un inévitable « bro. »

Dans ses bouquins, Rodman se dévoile et dévoile son regard sur l’univers qui l’entoure. Le star-system, le sexe facile pour les joueurs, sa relation avec Madonna… Rien n’est oublié. Mais ce qu’il explique le mieux, c’est la vision de lui qu’on les autres. Bien-sûr, le futur Hall of Famer n’est pas conventionnel. Mais ca ne le rend pas fou. Ni insensible. Bad as I wanna be commence par le récit d’une nuit passée dans seul dans un pickup avec un pistolet. Dévasté par son divorce et triste de se forcer à rentrer dans le moule, il pense à en finir. Et d’une certaine manière, il le fait : « Je me suis assis dans ce pickup et j’ai eu un duel avec moi même. Je n’avais pas besoin du pistolet, tout s’est passé dans mon esprit. J’ai marché d’un côté et j’ai marché de l’autre. A dix pieds, je me suis retourné et j’ai tué l’imposteur. J’ai tué le Dennis Rodman qui avait essayé de se conformer à ce que tout le monde voulait qu’il soit. »

Une image de dingue comprise, maitrisée et assumée

A partir de ce moment, Rodman devient ce fou génial aux cheveux colorés qui met le feu dans les salles NBA. C’est aussi la, pour certains, qu’il devient un fou et le sujet de toutes les rumeurs. Sur les drogues par exemple : « je crois que les gens pensaient que, parce que j’avais l’air différent et agissait de manière sauvage, je devais prendre de la drogue. [...] J’ai suffisamment de problèmes pour me contrôler sans avoir à mettre des merdes dans mon corps qui sont censées me rendre sauvage« , explique-t-il avant de répéter plusieurs fois qu’il est le joueur le plus anti-drogue a avoir posé les pieds sur un parquet NBA. La démonstration de la perception déformée des autres devient même encore plus drôle lorsque le Worm explique que des joueurs comme David Robinson, Hakeem Olajuwon ou Avery Johnson venaient le sermonner et repartaient en pensant qu’il était dingue. Un peu plus loin, l’homme aux cheveux colorés montre surtout qu’il était lucide sur son image de fou furieux et qu’il comptait bien en jouer : « Tout ca fait partie de mon avantage. Si les autres joueurs commençaient à me connaitre, ils pourraient voir que je ne suis pas le gars qu’il pensent que je suis. Ils pourraient penser qu’ils peuvent me contenir sur le terrain. Je ne veux pas leur donner cette ouverture. »

En outsider au système, Rodman n’est pas tendre avec la NBA. Mais il tape parfois dans le mille comme sur le sujet de l’homosexualité dans le sport : « Une équipe peut assumer quand un gars a un problème de drogue ou d’alcool mais pas quand ils découvrent que quelqu’un fait quelque chose qui ne leur plait pas dans l’intimité de sa chambre à coucher. Ça n’a pas de sens. » Sur la vie des parquets et l’œuvre des dirigeants de la ligue, dans cet ouvrage de 1996,  il livre aussi un constat tout à fait d’actualité aujourd’hui : « Ils essayent de créer une image qui enlève toute l’émotion et tout le travail d’équipe du jeu. » Faute technique !

Pas fou. Juste humain

Le reste du bouquin vous emmène à travers toutes sortes d’anecdotes. Il y en a pour tous les goûts. De sa vie sexuelle (sa main droite s’appelle Monique et la gauche Judith, je vous laisse deviner ce qu’il fait avec elles) jusqu’à Chicago en passant par San Antonio et Gregg Popovich, le « Mr. Military » qui voulait faire de lui « un bon soldat » et qu’il invite maintenant à embrasser son derrière. Lorsqu’il parle de sa mort, Rodman arrive même a afficher de la sérénité. Sur ce sujet la comme sur les autres, sa sincérité est frappante. Au final, on se rend compte que Dennis Rodman n’est pas fou mais qu’il est juste un humain avec un cœur et des sentiments. S’il a l’air si différent sur la planète basket, c’est peut-être juste parce qu’on a de moins en moins l’habitude de voir de « vrais » humains sur les parquets NBA. Et c’est bien dommage.

 

2 Commentaires sur “Dennis Rodman est tout le contraire d’un fou”

  1. Matt dit :

    Super article !

Trackbacks/Pingbacks

  1. [...] Ce n’est pas vraiment un secret si vous avez déjà lu ce blog, j’adore Dennis Rodman. Autant le basketteur que l’homme. Loin d’être une bête de foire, c’est surtout un mec pas forcément à l’aise avec lui-même et avec la vie qui demande à être connu (et lu). [...]

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