Le blues du lockout

Lockout.Non classé.Polémiques.Vie de la ligue 14 mars 2011 | 4 Commentaires

Profitons bien de ce qui se passe en ce moment. Les joueurs jouent, les dirigeants dirigent et les fans peuvent applaudir. Dans quelques mois, nous aurons beaucoup moins de raisons de sourire. A la fin de la saison, joueurs et proprios vont s’embourber dans un lockout. Et ca ne sera pas agréable. Pourquoi en parler maintenant ? Parce que je couvre également la NFL, une ligue qui a commencé son propre lockout vendredi dernier, en tant que journaliste et fan. Voici donc un témoignage pour vous aider à vous préparer à ce qui vous attends l’été prochain.

D’abord, il faut savoir une chose : les propriétaires d’équipes NFL sont les plus gâtés du sport américain. Leurs 32 franchises sont valorisées au minimum à 1 milliard de dollars. Mais surtout, les patrons de ces équipes disposaient déjà avant le lockout d’un CBA a faire pleurer d’envie leurs confrères de la NBA. Voyez ça : la plupart des contrats ne sont pas garantis, ils disposent d’un « franchise tag » pour retenir un joueur un fin de contrat contre son gré pendant un an de plus (Cleveland aurait apprécié), ils peuvent couper un joueur jugé trop cher et le re-signer dès le lendemain pour le minimum… Et pourtant, ils en veulent plus ! La règle de la bataille est la suivante : les boss en veulent toujours d’avantage, les joueurs tentent de défendre leurs acquis. Ça sera à peu près pareil en NBA. Étant donné que les propriétaires NBA en demandent encore plus (30% de réduction de salaire!), le lockout de la balle orange semble inévitable.

Premier paramètre déprimant : les joueurs et les propriétaires n’en ont rien à faire des fans. Bien-sûr, ils prétendront le contraire. Mais les acteurs des négociations ne pensent pas aux fans, ceux qui leur permettent justement d’avoir un gros gâteau à se partager. Ils pensent à leurs intérêts. Ils vivent souvent avec ce sentiment cynique que, de toute façon les fans, reviendront lorsque tout repartira. C’est surtout vrai pour la NFL, sport roi aux USA. Ça l’est un peu moins pour la NBA ou le risque de perdre en popularité pourrait vraiment jouer sur les négociations. En NFL, l’union des joueurs a fait dans le mélo à coup de pubs invitant à « let them play » (laissez jouez les joueurs) pour montrer qu’ils n’ont vraiment pas envie d’en arriver à un lockout. Sûrement. En attendant, ce sont les joueurs qui ont claqué la porte des négociations vendredi avant de presser le bouton « dissolution syndicale » synonyme du lancement de procédures judiciaires interminables.

Il faut dire que leurs interlocuteurs ne sont pas faciles. Comme en NBA, les propriétaires NFL prétendent que la ligue ne va pas bien, que l’argent manque et bla et bla et bla… Le problème c’est que ca n’est probablement pas vrai. La NFL c’est 9 milliards (milliards!) de revenus la saison dernière. Ça n’est pas pour rien que les grands patrons du football américain refusent de montrer leurs carnets de compte aux joueurs pour justifier les baisses budgétaires. En NBA, le débat risque de tourner autour du même jeu de « si ca ne va pas bien prouvez le ! » Et comme la NFL, la NBA risque d’avoir du mal à prouver quoi que ce soit.

La mort de l’espoir

Le pire moment avant un lockout, ce sont les négociations. Représentants des joueurs et des propriétaires vont se retrouver pendant de longues réunions dont vont fuiter quelques nouvelles. Twitter et les sites d’information en continu vont alors vous inonder d’informations contradictoires. Selon untel, une résolution serait proche, selon un autre, les deux camps sont très loin d’un compromis. Une cacophonie sans fin et sans intérêt si ce n’est de jouer avec vos nerfs et vos émotions. Le 5 mars dernier, alors que la NFL et les joueurs s’accordaient sur une prolongation des négociations de 7 jours, un journaliste respecté de Yahoo! Sports outre-atlantique affirmait avec une certitude qui faisait plaisir à voir que cette prolongation des pourparlers était le signe certain de la signature d’un accord. Une semaine plus tard, le lockout était mis en place. Pour votre bien être mental, il est donc recommandé d’éviter la surexposition aux médias pendant les négociations. Une fois de temps en temps, oui. La journée sur Twitter, non. Il faut rester informé mais pas se noyer dans les news non plus.

Quoi qu’il arrive, de toute façon, le lockout sera imposé. Alors mieux vaut prendre l’air plutôt que d’assister à ce triste spectacle de grands garçons qui se battent pour un gros billet. La bonne nouvelle du lockout NBA, c’est qu’il va commencer pendant l’été. Ça sera donc l’occasion d’user ses semelles sur le playground pour ne pas y penser. Car une fois le lockout mis en place l’interminable attente commence. Là, les nouvelles seront beaucoup plus sporadiques. La vie est rythmée par de longues réunions, des procès qui obligent les journalistes sportifs à se transformer en juristes pour tenter d’expliquer ce qui se passe, et le blues qui s’installe un peu plus tous les jours. En NFL, on en est précisément là aujourd’hui. Finalement, c’est d’ailleurs ca le pire moment. Au moins, pendant les négociations il y avait de l’espoir pour une résolution rapide.

A qui en vouloir ?

Au moment ou la ligue va se bloquer cela va être très agaçant. Vous allez donc peut-être avoir besoin d’en vouloir à quelqu’un pour vous calmer. Voici des arguments qui pourraient vous servir pour détester chaque camp. Ce sont ceux qui reviennent le plus souvent aujourd’hui dans la bouche des fans NFL énervés. A vous de choisir ceux qui vous semblent pertinents.
Les joueurs : Ils sont déjà millionnaires (surpayés pour certains) et ils devraient s’estimer heureux d’être payés une fortune pour jouer au basket. Même avec une baisse de 30%, leur salaire sera toujours l’égal de 4000 ou 5000 fois le SMIC.
Les patrons : Ils sont déjà millionnaires (milliardaires parfois) et en veulent toujours plus. Ils imposent un lockout pour forcer les joueurs à des concessions supplémentaires. Ils devraient réaliser que ce sont les joueurs (et les fans, mais nous ne comptons qu’au moment de payer nos places) qui créent leur richesse et ils devraient se montrer un peu plus ouvert à l’idée de partager avec ceux sans qui leur équipe n’existerait pas.

Quelle que soit votre sensibilité ou votre opinion, la meilleure solution reste peut-être de blâmer tout le monde. Quand de telles sommes d’argent entrent en jeu, le bon sens se perd. Bien-sûr que tout le monde à le droit de défendre ses droits et son business. Mais pendant que les millionnaires et milliardaires se battent pour une liasse de plus, ils ne pensent pas à tous ceux qui attendent la fin de leur caprice pour pouvoir à nouveau vivre normalement : patrons de bars, employés administratifs des franchises, vendeurs de produits dérivés… Tous ces gens sont les victimes collatérales d’un lockout. Mais les millionnaires et les milliardaires n’en ont rien a faire. Ils ont des besoins personnels à couvrir, des yachts (patrons) et des Ferrari (joueurs) à payer. Coïncidence plutôt triste, les joueurs NFL ont quitté les négociations et les proprios ont imposé le lockout le jour ou le Japon était ravagé par un séisme et un Tsunami. Vous avez dit manque de perspective ?

4 Commentaires sur “Le blues du lockout”

  1. Djihare dit :

    Les joueurs et les proprios sont les personnes à blamer, mais toujours moins que le système … (offre/demande me diront certains)

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  1. […] J’ai déjà le blues du lockout. C’est plus fort que moi, j’y pense déjà. Depuis quelques jours, le ton monte. On […]

  2. […] We (still) love this game. Le problème étant qu’aussi pauvre ou dans la merde que l’on soit, la passion ne se commande pas. Être fan, c’est en soi et même une grève injuste, bête et méchante ne saurait éteindre cette flamme ravivée à chaque fin de mois d’octobre. Alors, beaucoup y retourneront. Mais gardons à l’esprit la réalité des choses : le public est clairement ignoré par la Ligue, dirigeants et joueurs. En période de grève comme en pleine activité, nous ne représentons que de simples tiroirs-caisses. […]

  3. […] commence. Comme je l’avais déjà expliqué, les mois à venir vont être très difficiles. Chacun va devoir gérer l’attente comme il […]

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