La bagarre du Palace revisitée

(Long) Papiers.Conf est.Old School 8 mars 2012 | 2 Commentaires

« Aussi affreux que ça avait l’air à la télé, c’était 20 fois pire en vrai. » Jermaine O’Neal.

Il y a un peu plus de 8 ans, la NBA a vécu une de ses soirées les plus sombres lorsque Ron Artest est monté dans les tribunes se battre avec un fan des Pistons à Detroit. Vous avez sûrement déjà vu les images.

Il y a quelques jours, Jonathan Abrams s’est lancé sur Grantland.com dans une reconstitution des évènements à travers les témoignages de la plupart des protagonistes. L’article est un pavé. Du genre qui vous donne des crampes à l’index à forcer de scroller. Mais c’est passionnant. Prenant même.

A travers les témoignages, on a l’impression que ces quelques minutes ont duré une éternité. On se rend aussi compte que les caméras étaient loin de rendre justice à la sensation d’apocalypse ressentie par la plupart des personnes présentes. Et on apprend beaucoup de choses qu’on avait oubliées avec le temps.

Si vous êtes anglophone, je ne peux que vous en recommander la lecture. Sinon, voici quelques pépites.

Le contexte
D’abord, Ron Artest était au sommet de sa carrière en ce début de saison 2004 avec 24,6 points et 6,4 rebonds de moyenne sur les sept premiers matchs. Les Pacers et les Pistons étaient de vrais rivaux. Detroit avait éliminé Indy en playoffs l’année précédente et Rick Carlisle était passé du banc de Motor City à celui des Pacers pendant l’intersaison.

Au début de l’altercation, il y a Ben Wallace. Si le pivot était un peu sur les nerfs, il y avait une raison. Il avait enterré son frère la semaine d’avant et retrouvait le parquet après deux matchs d’absence.

L’escalade
Après la faute et l’altercation, la tension monte. Artest s’allonge sur la table de marque. Stephen Jackson commence à vouloir s’embrouiller avec les Pistons et les arbitres tentent tant bien que mal de gérer.

« Tant que Artest et Wallace étaient éloignés l’un de l’autre, on ne pensait pas que ça s’aggraverait« , explique Tim Donaghy, l’arbitre de la rencontre. Oui, le même Tim Donaghy qui a été viré quelques années plus tard pour un scandale de paris sur les matchs qu’il arbitrait. Encore une fois, Donaghy n’a rien vu venir.

L’explosion
Tout s’enflamme avec le verre de bière qui tombe sur Artest. « Je n’ai jamais voulu toucher quelqu’un« , explique le fan. Manqué. A partir de là, c’est l’émeute.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire à première vue, Artest ne frappe personne dans la tribune. Michael Ryan est le fan qu’Artest a attrapé. Sauf que ce n’est pas lui qui avait lancé la bière (c’est celui avec la casquette derrière Artest dans la vidéo): « Il était au dessus de moi à me secouer. Il m’a demandé : « Est ce que tu as fait ça ? » Je lui ai dis « Non, mec. Non! » On imagine la frayeur de Ryan.

Le lanceur de bière, c’est Mike Brown, alors assistant pour les Pacers, qui l’a récupéré: « Ron avait attrapé le mauvais gars et le gars qui avait lancé le verre me frappait dans le dos parce que je suis venu pour attraper Ron pour essayer de le sortir de là. C’était le pur chaos. »

Pour ne rien arranger, Stephen Jackson et Fred Jones se joignent à la fête. Même le frère de Ben Wallace est là pour échanger des coups. Jermaine O’Neal serait bien venu aussi mais son garde du corps le retient sur le terrain.

Des blessés collatéraux
Tenter de stopper les monstres physiques que sont Artest, Stephen Jackson et Jermaine O’Neal n’est pas chose facile pour un humain normal. « Par instinct ou par réflexe, je me suis levé et Ronnie est passé sur moi. Je me suis cassé 5 vertèbres« , raconte Mark Boyle, le commentateur de la radio des Pacers qui se trouvait à la table de marque.

Même inefficacité mais moins de dégâts pour Chris McCosky du Detroit News: « Je me souviens avoir tenté de stopper Jamaal Tinsley d’aller dans les tribunes et il est passé à travers moi comme dans du beurre. »

« Je me rappelle d’un gars nommé Mel, qui avait probablement 60 ans, qui s’est accroché autour de la taille de Jermaine O’Neal et qui s’est retrouvé éjecté comme une poupée de chiffon« , se rappelle Tom Wilson, le direction des Pistons et du Palace à l’époque.

Melvin Kendziorkski, un agent de sécurité du Palace a aussi essayé de stopper O’Neal : « Il était un des gars que j’ai essayé de retenir. Il a refusé, je suppose, et m’a attrapé, m’a fait tourner et m’a jeté au dessus de la table de marque. Je me suis dit « Wow. Qu’est ce qui vient de se passer ? »"

Membres de la sécurité, des staffs… Ils sont plusieurs à avoir subi ce genre de traitement.

Les peace-makers
Tout le monde n’a pas perdu l’esprit ce soir là au Palace. « Rasheed Wallace a toujours veilleur au meilleur intéret de tout le monde« , explique George Blaha, commentateur pour les Pistons.

Les peace-makers n’étaient pas toujours la policiers pour une raison simple, qu’explique un élu d’Auburn Hills: « Il n’y avait que trois policiers dans la salle pour gérer les choses. Ils ont fait du super boulot avec ce qu’ils avaient. »

« Ce qu’ils avaient« , ça inclut des bombes au poivre. Ce qui nous a offert la phrase du jour par Reggie Miller au moment ou un policier a menacé de l’asperger lui et Artest: « S’il vous plait non. Mon costume coute X-centaines de dollars« , raconte un caméraman d’ESPN. Malgré le comique de la phrase, Miller est décrit par tout le monde comme un de ceux qui a le mieux géré la situation et aidé du mieux qu’il pouvait.

Le pire n’était pas dans les tribunes
Une fois les hostilités lancées dans les tribunes, toutes les barrières sont tombées. Et certains fans ont commencé à descendre sur le terrain pour essayer de se battre avec les joueurs. Sauf que ça n’est pas si facile.

« Certains des fans descendent sur le terrain et se disent « Je vais aller cogner ce gars, je vais aller cogner ce gars. » Et puis une fois qu’ils s’approchent et ils se disent « Wow. Je ne peux pas atteindre son visage », explique Scott Pollard.

C’est là que les coups les plus violents ont été échangés. Vous pouvez le voir sur la vidéo, c’est là qu’Artest a frappé un fan.

O’Neal aussi a essayé. Mais il a glissé. Ce qui a probablement évité un drame: « Il n’y aucun doute dans mon esprit qu’il y a un fan qui est en vie actuellement parce que mon ami a glissé sur de la bière ou ce qui était par terre et a manqué ce coup de poing« , pense Pollard. Et c’est sûrement vrai.

La peur
Rick Carlisle a fait le meilleur résumé : « J’avais l’impression que je me battais pour ma vie. »

Mike Brown: « C’était beaucoup plus effrayant d’être au milieu de tout ça parce que partout ou vous vous tourniez, vous aviez l’impression que vous alliez avoir à vous battre. Il y avait des milliers de personnes contre 20 personnes. Ça n’était probablement pas le cas – 99,9999 pour cent des gens étaient aussi terrifiés que vous – mais on avait l’impression que tout le monde était contre vous. »

Donaghy: « C’était juste le chaos, au point que vous aviez peur pour votre vie. »

Chuck Person (assistant pour les Pistons): « J’avais l’impression qu’on était coincés dans une scène de gladiateurs ou les fans étaient les lions et on essayait juste de s’en sortir en vie. »

A ce moment là, tout parait plus long. « On avait l’impression qu’ils ont a été là pendant une heure à attendre qu’ils sortent les joueurs du terrain« , se souvient Mike Breen, qui commentait le match sur ESPN.

La sortie du terrain était tout aussi terrifiante. Une chaise a notamment volé, heureusement sans faire de blessés.

Les inconscients
De retour au vestiaire, les Pacers n’ont pas l’air plus responsables. O’Neal s’engueule avec son coach parce que des gens du staff lui tenaient les bras en rentrant aux vestiaires. Cela l’empêchait de se protéger.

La scène du vestiaire est surréaliste. Mike Brown saigne de la bouche. Un membre du staff a aussi pris un objet au visage.

Artest ? Il ne réalise toujours pas ce qui vient de se passer. Stephen Jackson raconte : « Après qu’on se soit calmés, il m’a regardé et m’a demandé « Jack, tu pense qu’on va avoir des problèmes ? » Jamaal Tinsley s’est écroulé de rire. Je lui ai dit « Tu est sérieux mec ? Des problèmes ? Ron, on sera chanceux si on a encore un putain de job. » Ça me fait savoir qu’il n’avait pas tout sa tête, de poser cette question. »

Boyle ne sait alors pas qu’il a des vertèbres cassées. Mais il saigne. « Ronnie était à côté de moi et m’a dit « Mark, qu’est ce qui t’es arrivé? » Je lui ai dit « Tu es passé sur moi. » Il m’a dit : « Oh, Oh. Je ne savais même pas. Je suis vraiment désolé. »"

Rebelote dans l’avion. Boyle marche avec de la glace pour soulager son dos : « ‘Mark, qu’est ce qui t’es arrivé? » Je lui ai dit « Ronnie, on a déjà eu cette conversation. Tu ne te souviens pas ? » Il a répondu « Ouais, ouais, ouais. Je me souviens. Désolé. » Il avait l’air si peu affecté par tout ça. »

Stephen Jackson n’était pas forcément très lucide non plus: « Lorsque je suis sorti du terrain, ils me jetaient des trucs. Je me disais « Allez y et jetez. Faites ce que vous avez à faire. » Je n’étais pas très inquiet pour ma sécurité parce que je savais que je pouvais me protéger. »

Jermaine O’Neal au sujet de sa glissade: « Je ne me dis pas que je suis content d’avoir glissé. Je sais que beaucoup de gens disent ça mais je n’essaye jamais de blesser quelqu’un. Mais dans ce cas, j’essaye juste de me protéger moi et mes coéquipiers. »

Autre fait peu connu, Brown, O’Neal, Jackson et Artest ont échappé de peu à une arrestation. Les policiers sont arrivés dans le vestiaire pour leur passer les menottes mais ont finalement changé de plan.

Dans fans pas si « fans »
Pour se battre, il faut être plusieurs. Et les fans qui ont affronté les Pacers n’étaient pas des anges.

Le fan que O’Neal a manqué avait déjà menacé de lancer une boisson sur Yao plus tôt dans l’année et il avait déjà été prié de quitter le Palace par la sécurité quelques minutes avant de se retrouver face à O’Neal. Il était déjà banni de l’enceinte des Pistons AVANT cet incident et violait sa condamnation rien qu’en était présent pour la rencontre.

L’homme qui a lancé la chaise avait déjà un casier judiciaire et a été banni du Palace. Dans toute cette affaire, il est le seul a avoir été condamné à de la prison (30 jours). Trois autres « fans » ayant participé à cette triste émeute ont été condamnés à des amendes, une période de probation et des travaux d’intérêt général.

La fin d’une époque
Après la pluie de suspensions et la perspective d’une chance de titre gâchée alors que c’était la dernière saison de Reggie Miller, un autre coup dur était encore à venir pour les Pacers : la demande de trade de Ron Artest.

« Oui, je me suis senti trahi quand Ron a demandé à être échangé, explique Jackson. J’avais perdu 3 millions de dollars. Je me disais : « OK, on a mis nos carrières en danger et pour toi et tu veux nous quitter ? »

Jermaine O’Neal n’est pas loin de ressentir la même chose : « Vous êtes mis dans une position ou vous compromettez votre carrière. Vous compromettez votre style de vie et la façon dont vit votre famille et ensuite la seule raison pour laquelle tout ça est arrivé ne veut soudainement plus être là. »

Et au final, tout le monde a voulu passer à autre chose. Jackson : « Après l’émeute, on avait beaucoup de problèmes en dehors du terrain, et il n’y avait plus le bon feeling. »

Larry Bird, le patron des Pacers avait résumé l’impact de cette soirée au Indianapolis Star: « J’ai eu l’impression qu’on a du abandonner une équipe au calibre de champion pour reconstruire. »


An oral history of the Malice at the Palace – Grantland.com

2 Commentaires sur “La bagarre du Palace revisitée”

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  1. [...] Une carrière et une personnalité aussi exceptionnels méritaient bien une place au panthéon. Le seul regret ? Que le numéro 31 a été privé de sa dernière chance de titre par la vilaine bagarre du Palace. [...]

  2. [...] est resté dans cet état second jusqu’à la fin. Exactement sur le même principe que lorsqu’il demandait à ses coéquipiers s’ils allaient avoir des problèmes après la ba…. Artest n’avait pas toute sa tête ce jour là. Il n’avait pas toute sa tête dimanche [...]

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