L'instant ciné : SonicsGate, ou comment Seattle s'est fait volé sa franchise NBA

(Long) Papiers.Conf ouest.Non classé.Polémiques.Vie de la ligue 13 octobre 2009 | 6 Commentaires

« Clay Bennett est vraiment un sale… » Complétez avec le mot que vous voulez, mais c’est surement ce que vous aurez envie de dire après avoir visionné SonicsGate. Pour un des intervenants du film, « Clay Bennett est la personne la plus diabolique a avoir jamais mis les pieds à Seattle. »

Depuis un peu plus de 24 heures, la Seattle Supersonics Historical Preservation Society a mis en ligne SonicsGate (www.sonicsgate.org). Un documentaire de près de deux heures qui retrace toutes les étapes qui ont mené au départ des Seattle SuperSonics pour Oklahoma City où ils se sont en plus retrouvé dotés du nom et des maillots les plus cheaps de la ligue (pensez All Star Game 96).

Autant le dire tout de suite, pour ceux qui aiment les « happy end », c’est le plus mauvais film de l’année. Tout le monde a trahi les Sonics et leurs fans. Clay Bennett le premier. Mais il a eu besoin d’aide. David Stern, les élus de l’état de Washington, le maire de Seattle et même les habitants de la ville ! Le film montre que tout le monde a sa part de responsabilité dans la perte de cette franchise. L’impression qui reste au moment du générique de fin c’est forcément de la tristesse. Imaginez un film ou le héros passe son temps à se faire frapper. Un peu comme Rocky. Sauf que le moment ou le héros se relève malgré la douleur, va étaler son adversaire et crie « Adrienne ! » n’arrive jamais. Non. Là, Adrienne plante un ultime couteau dans le dos de Rocky avant qu’il pousse son dernier soupir.

Pour ceux qui n’ont pas suivit, un petit résumé de l’histoire : en 2001, les Sonics sont rachetés par Howard Schultz, le boss de Starbucks. Piètre manager, il se met à dos joueurs et fans pendant que les résultats s’écroulent. Il revend l’équipe en 2006. Son acheteur s’appelle Clay Bennett, un buisnessman de l’Oklahoma.

Depuis quelques temps déjà, les dirigeants veulent une nouvelle salle à Seattle. Les élus non. Au fil des mois, Bennett ment à tout le monde, passe outre un contrat qui prévoyait que les Sonics passent deux ans de plus à la Key Arena et l’équipe déménage.

Pourquoi SonicsGate est il un film à voir ? Pourquoi SonicsGate est il un film si triste ? Qu’est ce qu’il faut retenir de ce documentaire ? Éléments de réponse.

– Clay Bennett est le méchant ultime. Il a menti a tout le monde depuis le début et c’est lui qui gagne à la fin. Dès le jour ou il a acheté les Sonics, Bennett savait qu’il voulait envoyer cette franchise dans l’Oklahoma, dont il est originaire. On l’apprend dans des emails entre lui et ses co-propriétaires rendus publiques. Pourtant il nie en bloque et invente une réponse ridicule. Un des co-propriétaires déclare qu’ils n’ont jamais eu l’intention de garder l’équipe à Seattle ? Bennett nie encore. Alors pourquoi son groupe n’a jamais son groupe d’acheteur n’a accepté le moindre investisseur de Seattle ? Clay Bennett a menti de manière grossière en publique et pourtant c’est lui qui s’en sort.

– Les étranges rapports entre Clay Bennett et David Stern. Pour comprendre, il suffit de lire ce mail en forme de déclaration d’amour envoyé par Bennett au boss de la ligue : « J’ai peur que tu croit que j’ai trahis ta confiance. David, tu connais mes sentiments concernant notre relation à la fois d’un point de vue personnel et professionnel. Malgré le peu de temps qu’on a physiquement passé ensemble, tu es un des rares qui ont vraiment affecté ma vie. Je te vois comme un modèle, un dirigeant extraordinairement doué, un penseur profond et compatissant, et une personne dotée d’un charisme rare et unique qui fait ressortir le meilleur de toutes les personnes que tu touche. Tu es simplement une de mes personnes préférées sur terre et je chérie notre relation au delà du buisness avec les Sonics. Je ne trahirais jamais ta confiance. » Au moment ou cet email est envoyé, on nage en pleine controverses. Des emails entre copropriétaires ont filtré et laissent penser que Bennett et ses amis n’ont jamais voulu rester à Seattle. Le businessman essaye il de charmer le commissionner ?

– L’argent est roi en NBA. Au coeur de ce film, il y a la Key Arena. C’est parce que cette salle n’a pas été remplacée que l’équipe à quitté la ville. Pourtant, les joueurs aimaient évoluer à cet endroit. Si elle est moins moderne que la plupart des autres salles, la Key Arena a une âme. C’est ce qu’explique Georges Karl dans SonicsGate. Le problème de cette salle n’est pas sportif. Le problème c’est qu’elle fait perdre de l’argent aux propriétaires.
C’est là que le film soulève un point très intéressant. La NBA et ses partenaires auraient les moyens de payer eux-même la construction des salles. Elle ne le fait pas parce que, en plus de lui permettre des économies, cela lui permet de faire pression sur les villes qui accueillent des franchises. Vous ne voulez pas mettre la main au porte monnaie ? Pas grave, une autre ville le fera. Avec Seattle, la NBA a fait un exemple pour toutes les villes qui rechigneraient à construire de nouvelles salles. Pas d’états d’âme, la ligue ira ou l’argent se trouve. On comprend ainsi que tant que Seattle ne sera pas doté d’une salle ultra moderne, les fans devront prendre leur mal en patience s’ils espèrent revoir la NBA s’installer chez eux. L’esprit du sport est malheureusement bien loin.

– Le coup de poignard final. Pendant la deuxième partie du film, la bataille fait rage sur le plan juridique. Les fans sont mobilisés, les offres de reprises vont et viennent. Le procès de la dernière chance porte sur le contrat de deux ans qui lie encore les Sonics à la Key Arena. La ville a une chance de gagner. Mais coup de théâtre, à la veille du verdict, le maire de Seattle et Clay Bennett annoncent qu’ils ont trouvé un accord. Quelques millions pour la ville, la liberté de partir pour le second. Affront ultime, en échange de son argent, Bennett obtient aussi les droits sur l’histoire de la franchise ainsi que le trophée du championnat gagné de 1979 !

L’affaire de la re-localisation des Sonics n’a pas été simple. Ce film a le mérite de remettre toutes les étapes dans l’ordre et de présenter l’ensemble des faits clairement en définissant bien les personnages, leur rôle dans l’histoire et les rapports de forces entre eux. L’influence des évènements les uns sur les autres est aussi très bien exposée. Pour ne rien gâcher, SonicsGate est aussi un témoignage poignant de fans passionnés qui ont perdu une équipe qu’ils supportaient depuis 41 ans. Un film très pédagogique et instructif à voir pour ceux qui veulent comprendre toute l’histoire du plus récent déménagement de franchise de la NBA. Ou comment Seattle s’est fait voler son équipe de basket.

Voir le film : http://www.sonicsgate.org/

Le film :

Sonicsgate SD Full Version from sonicsgate on Vimeo.

6 Commentaires sur “L'instant ciné : SonicsGate, ou comment Seattle s'est fait volé sa franchise NBA”

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  2. […] détester le Thunder. Quand j’entends « Oklahoma City », je vois l’équipe qui a été volée à Seattle, les maillots les plus cheaps de la ligue et le diabolique Clay Bennett. Mais il faut se faire une […]

  3. […] La solution cruelle pour les fans serait de délocaliser la franchise vers une ville américaine. C’est ce qui est arrivé aux Grizzlies, l’autre franchise canadienne, déménagée de Vancouver à Memphis. Ça n’a pas rendu les Ours meilleurs mais, la, c’est surtout la direction qui est en cause. Rapatrier les Raptors aux Etats-Unis permettrait peut-être de relancer sportivement la franchise mais sonnerait comme un constat d’échec retentissant pour l’expérience canadienne de la NBA. Une des solution les moins douloureuses serait d’aller à Seattle. Au moins cela permettrait de rendre une équipe à une ville qui en a été injustement privée. […]

  4. […] et jaunes… Ayant toujours eu un faible pour cette équipe, j’ai été conforté suite au visionnage l’an passé du documentaire « SonicsGate. » Les fans se sont fait voler, cette équipe est pleine d’histoire et il faut que […]

  5. […] Mais le temps est venu de passer la main. Après le fiasco des négociations du lockout, le vol des Sonics à Seattle, le fait de laisser une équipe à un raciste condamné (Donald Sterling) et un manque de respect […]

  6. […] des figures les plus populaires de sa ville, il est passé tout près d’y être aussi aimé que Clay Bennett à Seattle. En 1985, Benson, un natif de la ville a racheté les Saints pour les empêcher de partir à […]

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